Souriez ! – Radical Face

 

La pub, dans l’absolu, c’est le diable, nous sommes d’accord. C’est sans doute la forme la plus aboutie et la plus insidieuse de la société du spectacle, car elle réussit à nous divertir et à nous faire consommer des produits dont on n’a aucunement besoin. C’est donc une chose entendue : pub = evil.
Je sais que vous me voyez venir de loin avec mes précautions oratoires à deux sous, et je sais que je transpire la culpabilité. Mais il se trouve que c’est dans une pub que j’ai découvert un petit gars vraiment intéressant. Dans la pub Nikon, pour être précise.

Radical Face, de son vrai nom Ben Cooper, a 24 ans et vit en Floride. Le morceau apparaissant dans la pub Nikon, « Welcome home », apparaît sur l’album Ghost, sorti chez le label indé Morr Music en 2007. Chaque chanson de cet album repose sur un concept que je trouve infiniment poétique : une maison y raconte les histoires qu’elle a vu se dérouler entre ses murs. Car Radical Face renoue avec l’idée que chaque album est un projet complet, relatant une histoire et parcourant un chemin. Musicalement, on roule entre un post-rock délicat piochant dans les sonorités quotidiennes – clochettes, claquements de mains et percus bidouillées – et de la folk travaillée, avec des chœurs aériens, des refrains fédérateurs et des rythmes enveloppants.

Rien de particulièrement révolutionnaire, mais des qualités essentielles à mes yeux – et mes oreilles : réveiller l’imaginaire, flirter avec l’enfance et donner envie de se blottir. D’ailleurs le clip est à l’image du projet esthétique de Radical Face : il met en scène la vie comme elle est, la tienne, la nôtre, la sienne, les amis, la famille, sans tomber dans le cliché ni la mièvrerie, et avec un vrai talent d’écriture musicale. (A noter d’ailleurs qu’est censé sortir demain le premier opus d’une trilogie appelée Family Tree, constituée dans l’ordre de Roots, Branches et Leaves.  Retour à la terre et philosophie transcendantaliste sont donc au programme. )

Je vous avais prévenu que j’étais romantico-glaireuse parfois, et que j’aimais la contreculture américaine – toujours. Avec Radical Face, j’entends à la fois Whitman, Emerson, Thoreau, toute cette Amérique essentielle et cet intraduisible wilderness, et les histoires familiales du monde entier qui se percutent dans un sourire. Et il ne faut jamais se priver d’un sourire.

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P.S. La prochaine fois, je parlerai de musique qui brandit des drapeaux noirs et qui fait mal aux oreilles, parce qu’entre The Big C  et Radical Face, je vais finir par passer pour un pied-tendre.



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